le savons nous ? 

C’est depuis les années 1890 que les mariages d’inclination deviennent plus fréquents que les mariages de convenance en Europe occidentale.

Mais fonder les mariages sur l’Amour impose une place exorbitante à la sexualité dans la réussite du couple. Les comportements sexuels vont donc devoir changer pour s’adapter à la nouvelle donne conjugale et ils subissent un bouleversement dont nous n’avons vécu que les prémices.

Le mariage est, depuis la plus haute Antiquité, le contrat passé entre deux familles pour déterminer le couple ociel qui engendrera les héritiers légitimes du patrimoine familial.

L’amour antique (erosen grec, amoren latin) concerne la passion érotique, celle qui peut s’emparer d’une personne pour une autre, qu’elle rencontre.

Platon la trouve positive, car elle permet de vivre intensément, mais beaucoup en retiennent surtout les eets destructeurs, ceux que la tragédie mettra en avant, comme pour Phèdre dans le monde grec et pour Didon dans le monde romain. Entre des époux, cette passion serait déplacée et il n’existe, au mieux, qu’un respect mutuel.

Les mariages sont donc fondés sur les intérêts patrimoniaux des familles, et l’amour conjugal, tel que nous le comprenons, n’existe pas.

 

Mariage de convenance et sexualité conjugale

Quand le mariage est fondé sur le choix des chefs de familles, il ne comporte pas d’autre engagement sexuel que de faire ensemble quelques enfants. Ces enfants mis au monde, les deux conjoints n’ont plus d’obligation sexuelle l’un envers l’autre. Si l’un des conjoints est insatisfait, il peut recourir à un tiers, ce qui était très facile avec la disponibilité des esclaves et des subordonnés dans l’Antiquité. La fin de l’esclavage a renforcé le rôle des prostitués et, jusqu’au XIXe siècle, le recours aux amants, aux maîtresses, aux prostitués et aux subordonnés (domestiques et employés) reste habituel, les siècles suivants ne modifiant qu’à la marge ces pratiques. La rupture du contrat de mariage ne s’imagine que dans le cas de stérilité du couple, par impuissance du mari ou stérilité de la femme. Personne ne peut envisager l’insatisfaction sexuelle comme cause de divorce. Un tel mariage est durable, quel que soit le degré de satisfaction ou d’épanouissement des conjoints. C’est pour cela que tous les responsables estiment que le mariage ne peut absolument pas se fonder sur d’autres bases et, particulièrement, surtout pas se fonder sur un sentiment aussi fragile et éphémère que le sentiment amoureux.

Mariage d’amour et sexualité conjugale

Les historiens situent dans les années 1890 le moment où les mariages « d’amour » sont devenus plus nombreux que les mariages « de convenance ». Un mariage d’amour se fonde sur l’attirance sexuelle et aective. La qualité de la vie sexuelle du couple devient alors un élément essentiel de sa survie.

 

 

 

 

 

Recourir à un tiers en cas de problème ou d’insatisfaction est spontanément considéré comme une trahison, une « infidélité », une rupture du contrat, et les conjoints se retrouvent avec l’obligation d’investir dans la sexualité de leur couple. On finit facilement par rompre une union qui laisse sexuellement insatisfait, à partir du moment où on ne voit plus d’issue aux dicultés dans ce domaine.

Une contrainte historiquement inédite

Pour la première fois dans l’Histoire, les époux se trouvent ainsi contraints d’aronter le problème du maintien de la vitalité de leur sexualité dans la durée. Comme on aime son conjoint, qu’on l’a choisi par attachement aectif et sensuel, c’est avec lui que l’on désire vivre sa sexualité. Mais la passion et le désir satisfaits s’éteignent spontanément peu à peu : dans la durée, il faut inventer, renouveler, jouer une sexualité aaiblie par la routine et la fin de la période passionnée. Les nouveaux couples amoureux du XXe siècle se sont mis à investir en temps et en imagination dans la qualité de leur vie sexuelle. Limiter leurs jeux à la pénétration fécondante se révèle très insusant, et ils sont naturellement amenés à les enrichir. Des pratiques peu courantes ou inusitées jusqu’alors dans les couples conjugaux vont être tentées et finir petit à petit par devenir familières.

À la fin du XXe siècle, on voit donc la société dans son ensemble accepter l’idée que la sexualité du couple ne doit pas se limiter à la pénétration, mais intégrer tous les jeux sexuels, jusqu’à peu réservés aux maisons closes ou aux prostituées. En l’an 2000, le médecin sexologue pouvait encore avoir des patients qui refusaient cette nouvelle donne. Comme cette épouse choquée : « Il m’a demandé ça à moi, la mère de ses enfants ! Il n’a aucun respect pour moi ! », à propos d’une demande de fellation. Ou ce mari : « Je respecte trop ma femme pour lui demander ça. – Mais alors, comment faites-vous ? – Il y a des femmes pour ça ! » C’est-à-dire que, par respect pour sa femme, ce mari attentionné avait recours aux prostituées pour les plaisirs hors pénétration vaginale qu’il aimait !

 

à suivre : L’invention d’une nouvelle sexualité conjugale